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CEPE Consultation pour les écoles primaires |
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La consultation pour les écoles: une logique de facilitation
Marc Thiébaud
Extraits d'un
article paru dans Psychoscope, Vol. 21 (2), 1998.
Introduction: que signifie
la consultation pour les écoles?
Au cours de ces dix dernières années, la diversité des pratiques d'intervention psychologique dans l'école s’est considérablement accrue. De nombreux professionnels ont élargi leurs prestations, notamment dans le sens d’une aide indirecte, c’est-à-dire apportée au personnes travaillant dans l’école plutôt que directement aux élèves .
Dans les passages suivants, je me propose essentiellement de caractériser le travail de consultation pour les écoles du point de vue des rôles, relations et processus mobilisés, m'appuyant à cet effet sur mon expérience de la pratique de consultation mise en place depuis 1990 pour l’ensemble des écoles enfantines et primaires du canton de Neuchâtel (cf. Thiébaud, 1992).
J’envisage la consultation comme «un processus interactif temporaire ayant pour but d'aider des personnes ou une organisation qui consultent à analyser une préoccupation ou des difficultés et à mobiliser des ressources afin de favoriser des changements» (adapté de Thiébaud et Rondeau, 1995).
Prenons l’exemple d’un élève qui préoccupe un enseignant par ses comportements perturbateurs. La consultation s’inscrit dans un principe d’aide indirecte. Si l’élève (avec les interactions qu’il entretient avec son entourage) peut être vu comme le client final, il ne sera pas nécessairement en contact avec le psychologue-consultant. C’est l’école qui consulte, de sa propre initiative. Il peut s’agir de l'enseignant qui demande à être aidé au niveau de ses relations avec l’élève ou avec la classe, mais aussi, dans une consultation de groupe, de plusieurs personnes concernées par la situation, ou encore, à l’échelle de l’institution, de l’ensemble de l’établissement scolaire qui souhaite un accompagnement, par exemple sur la question de l’intégration d’un ou de plusieurs élèves.
En tant que consultant, j’offre une collaboration sur mesure aux personnes intéressées. Pour le canton de Neuchâtel, les trois quarts des demandes sont formulées par des enseignants, les autres se répartissant entre directeurs, inspecteurs, présidents de commission scolaire, médecins scolaires, spécialistes du soutien pédagogique, orthophonistes, thérapeutes.
Si les demandes à l’échelle d’un groupe ou de l’ensemble d’un établissement scolaire constituent une nette minorité, elles tendent cependant à augmenter. Par ailleurs, dans près de la moitié des situations, la collaboration s’élargit d’emblée ou en cours de route à plusieurs personnes. Une fois sur quatre environ, je suis en contact avec les élèves (pour observer la classe) ou avec les parents (pour accompagner l’enseignant lors d’un entretien avec la famille).
En ce qui concerne les problématiques abordées, d'une extrême diversité et sollicitant des compétences variées, les plus importantes sont, par ordre décroissant de fréquence:
Quatre logiques d'intervention
- la spécificité de la logique de consultation
Pour situer le travail de consultation par rapport à d’autres activités, je considère que, d’une manière générale, face à une situation scolaire difficile, les interventions peuvent être classées selon différentes logiques, principalement au nombre de quatre (voir schéma ci-dessous).

Selon la logique de facilitation, le consultant a pour rôle premier d'établir une relation d'aide, à travers laquelle il tend au développement des capacités des personnes qui consultent à résoudre les problèmes rencontrés. Le changement découle d’un processus conjoint d’analyse, de recherche de moyens et de mise en œuvre d’actions. La personne qui consulte «reste en charge» de la situation. Le succès dépend avant tout de la collaboration réalisée dans la démarche de résolution de problèmes.
Par ailleurs, en me référant aux trois autres types d'intervention précités, j’aimerais souligner qu’en tant que consultant:
Les processus activés
dans la consultation
Sur quoi repose, en fin de compte, le travail de consultation? Des compétences techniques spécialisées sont évidemment requises du consultant: il importe de pouvoir s’appuyer sur des connaissances de la psychologie du développement et des apprentissages, de l’analyse systémique, des sciences du comportement, etc. Si ces connaissances ne servent pas à une évaluation ou à une prise en charge spécialisées, elles nourrissent constamment le travail de facilitation et le consultant gagne, selon moi, à développer à cet égard une certaine polyvalence. Je n’en parlerai pas davantage, car elles ont fait l’objet de nombreux écrits, mais m’attarderai plutôt sur les aspects concernant la facilitation des «processus».
Pour favoriser un changement, le travail de consultation tend à activer des processus de trois ordres (cf. Thiébaud et Rondeau, 1995):
J’évoquerai
quelques aspects de ces processus en suivant le schéma ci-après:

1. Le partage d’un sens commun
Le partage d’un sens commun
au niveau de la relation.
Comment parvenir à
une collaboration dans laquelle consultant et personne(s) qui consulte(nt)
se considèrent comme partenaires dans une démarche conjointe
de recherche? L’image du psychologue-expert et les attentes à son
égard qui en découlent sont encore prégnantes au sein
de l’école. Dans le canton de Neuchâtel, le caractère
différencié de la consultation a facilité la compréhension
quant à la nature de la collaboration proposée. Il apparaît
nécessaire d’aborder la situation en considérant que le fait
d'en être là signifie qu’elle comporte des dilemmes et qu’il
faut accepter d’en explorer, par un effort commun, la difficulté
et la complexité. Très souvent, le sentiment d’incertitude
engendré par ce processus est compensé par un soulagement
lié à une prise de recul: on réalise que le problème
ne repose pas sur un seul facteur ou une seule personne et, notamment,
qu’il n’y pas lieu de se culpabiliser.
Le partage d’un sens commun
au niveau de la situation et de ses possibilités d’évolution.
Comment se retrouver dans
la définition du problème? Ce qui importe ici, c’est de parvenir
à une formulation du problème qui fasse sens pour chacun.
Le recadrage gagne à émerger d’un travail commun. Il s’agit
de dépasser, dans un premier temps, l’idée d’arriver à
poser un diagnostic «objectif» et de chercher ensemble un cadre
d’analyse dans lequel il soit possible de s’engager en impliquant toutes
les personnes concernées: élèves, parents, enseignants,
partenaires de l’école si nécessaire. Il m'apparaît
généralement utile de se placer dans une perspective d’avenir:
en d’autres termes, d'orienter l’analyse de manière à pouvoir
identifier ce vers quoi l’on peut et veut tendre plutôt que, par
exemple, se focaliser sur les plaintes et regrets liés au passé.
2. La mobilisation de ressources
La mobilisation de ressources
au niveau de la relation.
Comment, ensemble, agir
autrement et trouver d’autres moyens? Pour que le consultant et la (les)
personne(s) qui consulte(nt) puissent contribuer à la démarche
de résolution en mobilisant tout leur potentiel, il est nécessaire
qu’elles se reconnaissent mutuellement une compétence et une marge
de manœuvre: faire l’expérience de l’interdépendance de leurs
efforts respectifs y contribue largement. Il en résulte généralement
une confiance en l'utilité de chacun et une motivation accrues.
Il importe ici que chacun puisse apprendre de l’exploration entreprise
avec l’autre. Cet apprentissage est fréquemment activé par
la mise en œuvre de certaines actions au sein de l’école (souvent
minimes, telles que se montrer attentif à observer un aspect de
la situation ou modifier une fois un comportement).
La mobilisation des ressources
dans le milieu.
Comment impliquer et habiliter
les autres personnes concernées? Une telle démarche passe
par un effort en vue d'identifier, d’une part les ressources existantes,
d’autre part les processus de motivation chez les personnes susceptibles
d'être impliquées. Le consultant favorise le travail en stimulant
l’exploration de différentes idées, tout en les inscrivant
dans le cadre d’analyse partagé. Il s'avère souvent que les
ressources les plus importantes à mobiliser résident:
3. La progression
dans l'action
La progression dans la
relation.
Comment développer
la concertation jusqu'au terme de la consultation? Le travail de consultation
est ponctuel et peut s'achever plus ou moins vite. Dans le meilleur des
cas, les personnes qui consultent deviennent rapidement autonomes pour
poursuivre la démarche par elles-mêmes. D'autres situations
demandent un accompagnement plus intensif ou de reprendre la démarche
à la base, suite aux obstacles rencontrés. Il est utile de
procéder par petites étapes, qui seront ajustées successivement
selon le principe de la recherche-action.
La progression dans la
résolution des problèmes.
Comment assurer la régulation
continue de la démarche? Il importe de parvenir à faciliter
à la fois l'orientation et la cohérence de l'ensemble des
actions, au moyen d'un pilotage conjoint. Le rôle du consultant consiste
souvent à chercher à anticiper les événements,
ce qui n'est jamais facile. Il aide particulièrement à explorer
les effets possibles de différentes pistes d'action, en mettant
en évidence les potentiels d'évolution progressive de la
situation sans préconiser une voie définie. La cohérence
repose finalement sur la manière dont les personnes impliquées
parviennent à intégrer et à s'approprier la démarche
de recherche-action commune.
On relèvera que ces
différents processus sont en interaction mutuelle comme l'indiquent
les flèches de la figure ci-dessus. Le sens qui a pu être
élaboré influence, bien sûr, de manière importante,
le processus de mobilisation des ressources. La réciproque est également
vraie: en agissant, on peut découvrir de nouvelles possibilités,
susceptibles d'élargir le sens donné à la situation.
Conclusion
«Le changement ne pourra se réaliser que dans la mesure où il sera significatif pour les personnes concernées, où elles se sentiront habilitées à le réaliser et seront renforcées par leurs propres succès.» (Thiébaud et Rondeau, 1995).
L'ampleur des situations difficiles auxquelles est confrontée l'école et le caractère nouveau de la relation de consultation rendent toujours délicate la facilitation de ces processus. Parallèlement, les nombreuses expériences vécues avec les personnes qui m'ont consulté et la clarté du cadre institué avec les écoles pour la consultation dans le canton de Neuchâtel ont permis très progressivement un apprentissage et une habilitation réciproques qui continuent à se développer. C'est ainsi, je pense, que le sens d'un travail de consultation pour l'école et pour le consultant scolaire peut s'élaborer et accroître les ressources de l'une et de l'autre.
Comme le souligne l'écrivain
Georges Haldas, «le sens est un devenir, il se dévoile au
fur et à mesure et il ne peut pas se dévoiler dans le cerveau
particulier d'un homme qui dirait: «Voilà le sens!»
Non, le sens est relationnel. Comme toute réalité fondamentale
est relationnelle, c'est l'ensemble des gens qui va peu à peu, comme
les mots d'un poème, faire que le sens lève».
Références bibliographiques
Blanchard, F., Cassagrande, E. & McCulloch, P. (1994). Echec scolaire. Paris, Ed. ESF. Costenbader, V., Swartz, J. & Petrix, L. (1992). Consultation in the schools. School Psychology Review, no 21, pp. 95-108. Evéquoz, G. (1995). De la position paradoxale du psychologue à l’école à la co-évolution créatrice. Communication au congrès du cinquantenaire de la psychologie scolaire, Grenoble, octobre 1995. Ponti, C.R., Zins, J.E. & Graden, J.L. (1988). Implementing a consultation-based service delivery system to decrease referrals for special education. School Psychology Review, no 17, 1: pp. 89-100. Thiébaud, M. (1992). S'aider à résoudre des situations scolaires difficiles. Neuchâtel: Bulletin du DIP, no 33. Thiébaud, M. & Rondeau, A. (1995). Comprendre les processus favorisant le changement en situation de consultation. Psychologie du travail et des organisations. Vol. 1 (1), pp. 87-117.
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